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QUELQUES "BONNES HISTOIRES" LOCALES



A Communailles, avant la guerre de 187O, il y avait 9 pompiers tous très braves, comme la preuve en avait été souvent faite lors des incendies qui malheureusement détruisaient les fermes des environs.

Au cours de cette triste guerre de I87O, les troupes prussiennes envahirent le canton de Nozeroy et Communailles ne fut pas épargné.

A l'approche de l'ennemi, les pompiers se réunirent pour prendre les mesures qu'imposaient les circonstances.

- Est-ce qu'on est lè neu ? ( sommes-nous les neuf?)
- Oué
on est lè neu ! (Oui! nous sommes les neuf!)
- Se lè prussiens vîngn'a, que fouèrin no ? (Si les prussiens viennent que ferons-nous?).
- Si vîngn'a, no no sâv'rin ! (s'ils viennent, nous nous sauverons !).
- Et si n'vîngn'a pê ? (Et s'ils ne viennent pas ?)
- Si n'vîngn'a pê, no resterin . (S'ils ne viennent pas, nous resterons !).
Un des neuf fut envoyé en éclaireur.


- Lè ouèrinqu' ! (les voici !)
- Lè ouèrinqu' ? et bin , s âvin no ! ( les voici ? et bien, sauvons-nous !).


Et c'est ainsi que se termina l'héroïque résistance des neuf pompiers de Communailles.





Une année, Monseigneur l'Evêque de St-Claude, en se rendant à la cérémonie de la confirmation à Nozeroy, avait décidé de passer par Communailles. Tous les habitants "dè Koem'neillè" (de Communailles) s'étaient rassemblés pour accueillir dignement le chef du Diocèse.

Bien entendu, les neuf pompiers en tenue, la pompe en batterie, attendaient l'arrivée de l'auguste visiteur.

En ce temps-là, il n'y avait pas de pompe à incendie à moteur, mais une pompe à bras actionnée par un balancier que manoeuvraient 4 pompiers au commandement de "balancez".

Monseigneur fut très touché par cette réception et remercia les pompiers en leur disant:

- Je sais que vous êtes braves comme César et Pompée.

Le chef des pompiers qui n'avait sans doute jamais entendu parler des héros romains rectifia:

- On ne dit pas "pompez", Monseigneur, on dit "balancez".

Les pompiers se mirent donc à "balancer", mais les tuyaux avaient des fuites et Monseigneur fut copieusement arrosé.

Voilà pourquoi l'évêque n'est jamais repassé par Communailles.






"Fonfon" venait chaque année chez ses neveux à Mignovillard à l'occasion de la fête du pays, la Saint-Michel (lo sin m'tsi). C'était une occasion de bien manger et surtout de bien boire. Afin de ne rien manquer de cette bonne journée, il arrivait le matin de très bonne heure. Dans l'entrée, apporté la veille par le marchand, se trouvait un tonneau de vin qu'on allait descendre à la cave.

Fonfon donne une tape amicale au tonneau et dit: - s'yan no yon de plein ç'tu souo, ça n'sèro pè ta !

(s'il y en a un de plein ce soir, ça ne sera pas toi !).






A I0 heures, tout le monde se rendait à la grand-messe, mais Fonfon préférait rester à la maison avec la cuisinière qui "se gardait".

- Y n'êmou pê bin ç' let grand'réunion où y en no ra quion qu'bouet, surtout quand c'est pê mouet !

(Je n'aime pas bien ces grandes réunions où il n'y en a rien qu'un qui boit, surtout quand c'est pas moi ! ).






En cette fin de journée de fête, Fonfon qui, suivant son habitude en pareille circonstance, a copieusement arrosé "lo sin m'tsi" va se coucher dans la même chambre qu'un autre invité.

Dans la nuit, un petit besoin se fait sentir, conséquence des abondantes libations de la journée. Il n'y a pas encore d'éclairage électrique dans la chambre, mais à tâtons, on arrive bien à trouver la sortie. Enfin, voici une porte et Fonfon pense que c'est la porte du dehors.

Pourquoi s'aventurer plus loin ? En réalité, c'était la porte de la cave... Son compagnon de chambre réveillé lui demande:

- Qué ta fê tu ? (quel temps fait-il ?)

- Uh ! y fè nê, et pu sa cha le vice séra !

(Oh ! il fait nuit, et puis ça sent le vieux sérac ! )

(le sérac était un fromage maigre que l'on faisait fermenter longuement et qui dégageait une odeur très forte).






Le jour de la Saint-André, Fonfon recevait aussi des invités chez lui car c'était la fête de Bief-du-Fourg.

A cette occasion, il se faisait livrer un tonneau de vin.

Ses moyens ne lui permettaient pas d'avoir deux sortes de vin. Il mettait alors un robinet à chaque extrémité du tonneau, et vers la fin du repas, il disait à sa femme:

- T'sind'z vouo d'rôbinet ! (Change voir de robinet !)

Et après avoir fait déguster à ses convives:

- Y m'sembl' que s'lu est bin meilloe qu' lâtr'ou !

(Il me semble que celui-ci est bien meilleur que l'autre!)






Mademoiselle Julie, une vieille fille très dévote, avait embauché Fonfon pour scier et rentrer son bois de chauffage pour l'hiver.

A midi, elle avait préparé un bon petit repas sans oublier un litre de vin acheté tout spécialement pour son ouvrier.

Avant de se mettre à table, elle dit à Fonfon :

- On va d'abord dire le bénédicité !

Fonfon hausse les épaules et répond:

- Oh . s'vo vouilli !

mais c'est pê vôt'è orémus qu'van bin m'rafretts'i lo gouârd'z !

(Oh ! si vous voulez . mais ce ne sont pas vos orémus qui vont bien me rafraîchir la gorge ! )






Fonfon s'était engagé pour faire les foins chez Monsieur E.P. le Maire de Petit-Villard. En ce temps-là on fauchait à la faux et la journée commençait avec le lever du jour.

Ce matin là Fonfon était très en retard et le Maire de Petit-Villard lui en demanda la raison:

- Té bin en r'tâ, Fonfon ? (Tu es bien en retard, Fonfon?)

- Ah ! couèsi vo don ! yé fê on met'chan souind'z' ou ç'to nê !

(Ah, taisez-vous donc ! j'ai fait un mauvais rêve cette nuit !).

- Qu'est-ce que té t'souind'zi ? (A quoi as-tu rêvé?)

- Eh bin ! yér'ou mouâ, et pu y allév'ou en enfâ.

Yavév' èno place dispônibl'ou et y vouillév'ou lo prendr' mais le dièbl'ou s'est fât'si et y mo doe :

n'te mets pèinqu' Fonfon, c'est lo place du Mér' du p'tè V'lâ !

(Eh bien, j'étais mort, et puis j'allais en enfer. Il y avait une place disponible et je voulais la prendre, mais le diable s'est fâché et il m'a dit: ne te mets pas là Fonfon, c'est la place du Maire de Petit-Villard ! ).






A Froidefontaine, il y avait autrefois une femme nommée Anastasie.

On l'appelait "la Tâzie" et elle était connue dans tous les environs pour ses bons mots et ses farces.

C'était une forte femme qui mesurait plus de 1 m 80.

Elle avait épousé un homme qui avait la réputation d'être peu commode à vivre, mais qui était beaucoup plus petit qu'elle.

Dès le début de leur mariage "la Tâzie" avait clairement fait comprendre que ce serait elle qui porterait la culotte. En effet, la première fois qu'il était rentré de la foire de Nozeroy avec un verre dans le nez, le mari avait répondu aux reproches de sa femme en levant la main sur elle (vu la différence de taille, on peut vraiment dire qu'il levait la main sur elle). Mais "la Tâzie" n'était pas femme à se laisser faire et c'est elle, au contraire, qui administra à son homme une solide correction en lui disant:

- Lè D.... (nom de famille du mari) en nom d'battr' yoe fan'è, et bin ta, te n'battrai pè lo tin'no !

(Les D... ont la réputation de battre leur femme, et bien toi, tu ne battras pas la tienne !).






L'administration venait de nommer un nouvel instituteur à Froidefontaine. Il s'appelait Monsieur LOISEAU.

Le jour de son arrivée, tout le village était là pour voir le nouveau maître d'école et "la Tâzie" s'était écrié:

- Uh ! le biau l'èjô ! s'on n'en avév' â moins d'inss da nôt'è k'mon !

(Oh ! le bel OISEAU ! si on en avait au moins comme ça dans nos communaux ! ) .






Par un beau matin d'été, "la Tâzie" venait faire quelques emplettes à Mignovillard, et elle racontait:

- Y craillév'ou pati d'boun'ur pou n'point- avouer de mouèt'sè, eh bin, ell'zéra toutè ch'tièt'è su lo barir du pêchou du t'san à Lysée qu'mattendév'a !

(Je croyais partir de bonne heure pour ne pas avoir de mouches, eh bien, elles étaient toutes assises sur la barrière du "passoir" du champ à Elysée qui m'attendaient ! )






Il était de bon ton autrefois, quand on rencontrait quelqu'un dans la rue de dire un mot en passant, même une simple banalité :

- Y pleut, Tâzie ! (Il pleut, Tâzie !)

- Couèsi vo don mo pôro feuye, y duss'rè bin aouèr hont'ou !

(Taisez-vous donc, ma pauvre fille, il devrait bien avoir honte ! ).






Ce jour là, il faisait très froid et le sol était couvert de glace.

En passant, une voisine dit :

- ça r' lutz hein, Tâzie ! (ça glisse, hein Tâzie . )

- T'chabin ! y faut cramper sè zoinguions è bouèsè !

(Je pense bien -textuellement: tu sens bien - il faut cramponner ses "onglons" - doigts de pied - aux bouses de vaches).






Depuis plusieurs jours il faisait un temps épouvantable et la pluie n'arrêtait pas de tomber. La "Tâzie" priait le Bon Dieu afin qu'il envoie enfin le beau temps, mais ses prières restaient sans effet.

Elle prit alors le crucifix qui était accroché au mur de la cuisine et le porta sous le "dételet" ( tuyau de descente de l'eau du toit) :

- Pusque te n'veux ra ècuter, vo ouèr lé d'van si fê bon !

(Puisque tu ne veux rien écouter, va voir dehors s'il fait bon . ).






Le mari de "la Tâzie" était très poltron et cette dernière ne manquait jamais une occasion de lui faire une farce.

Un soir d'hiver, après avoir allumé le feu dans la "chambre en haut" elle installe devant le poêle un mannequin confectionné avec des habits de son mari et redescend pour continuer son travail de couture.

Au bout d'un instant, elle demande :

- Vo ouèr kri m'nègü'ye qui yé lèssi da lo t'sambr' !

(Va voir me chercher mon aiguille que j'ai laissée dans la chambre ! )

En ouvrant la porte, le pauvre homme aperçoit, à la lueur du poêle, le mannequin assis sur une chaise. Pris de terreur, et "s'empâturant" dans ses sabots, il roule jusqu'au bas de l'escalier.

"La Tâzie" accoure et s'inquiète:

- Est-ce que t'té fê mô ? (Est-ce que tu t'es fait mal ?)

- Oh non ! ça c'est ra, mais vo plutôt ouèr ç'lu qu'est lé âlô !

(Oh non ! ça ce n'est rien, mais va plutôt voir celui qui est là-haut ! )






Une voisine avait fait un béguin pour son petit neveu nouveau né et elle était allée faire admirer son travail par "la Tâzie" :

- Y vouderiou bin pouillu l'essailli pou ouèr qu a y vo !

(Je voudrais bien pouvoir l'essayer pour voir comme il va . ).

"La Tâzie" a une idée géniale :

- On p'tè qu'ma ça, ça o à pô pré lo tét'o don t'so !

(Un petit comme ça, ça a à peu près la tête d'un chat!)

Elle attrape donc le chat de la maison, lui met le béguin sur la tête, noue soigneusement le ruban sous le menton, ouvre la fenêtre et jette le chat dans le jardin.

Bien entendu, pour se débarrasser du béguin, le chat le mit dans un piteux état avec ses griffes.

- Uh ! mon biau bounet qui yé avu tant de maux de faire !

(Oh ! mon beau béguin que j'ai eu tant de mal à faire! )

Mais on avait bon caractère en ce temps-la et on ne se fâchait pas pour cela.

"La Tâzie" refit un nouveau béguin.

Cela lui faisait une histoire de plus à raconter pendant les longues soirées d'hiver.






- y vouderiou bin saouèr toutè lè bé tis'è que ç'tu vioe savarou o bin pu faire da touto so foutue vio !

(Je voudrais bien savoir toutes les bêtises que ce vieux "savarou" - intraduisible - a bien pu faire dans toute sa foutue vie !).

Se demandait "la Tâzie" en parlant d'un vieil homme peu sociable que l'on savait très malade et qui vivait seul.

Elle mit par dessus sa robe une longue chemise blanche et se rendit auprès du vieux pour le confesser en se faisant passer pour Monsieur le Curé.

- Y n'voit pè bin quiâ, ça veut bin aller ! disait "la Tâzie". (Il ne voit pas bien clair, ça veut bien aller!)

En effet, notre homme se confessa à "la Tâzie" qui lui donna l'absolution et même la communion avec un petit morceau de carton en guise d'hostie.

- è lè bin douo vôt'ou Bon Dioe ! remarqua le vieux.

(il est bien dur votre Bon Dieu !).

- è lè quand mém'ou moins douo qu'vôt'ou keu !

(il est quand même moins dur que votre coeur !).

Mais il paraît que Monsieur le Curé de Mignovillard n'apprécia pas du tout cette nouvelle farce de "la Tâzie".

Il lui demanda de venir elle aussi se confesser et lui infligea une sévère pénitence.






Le père x... avait une fille de très grande taille.

Elle est demandée en mariage par un soupirant que tout le monde appelait "le petit L....." et qui ne lui arrivait pas à la hauteur de l'épaule.

- t'ni pensè pê, mon pôr'ou fioe , lo l'mounir è bin trô grand pou t'nên'ou !

(tu n'y penses pas, mon pauvre ami, la limonière est bien trop grande pour ton âne ! )






Autrefois, les maîtres étaient assez durs avec leurs "commis" (ouvriers agricoles).

A table, 1e maître se verse un verre de vin et le "commis" tend son verre.

Le patron lui dit :

- pè ç'tu cô, l'âtr'ou (pas cette fois-ci, l'autre !).

- Après le repas, on va au champ pour piocher les pommes de terre. Une fois sur deux, le "commis" relève son "fouachou" avant de toucher la terre et le maître s'irrite:

- Mais qu'est-ce que t'fôlaîllè, peut'ce don !

(Mais qu'est-ce que tu "bricoles" pioche donc ! )

Le "commis" rétorque:

- pè ç'tu cô, l'âtr'ou !






Cabro, un vieil avare, avait décidé d'acheter un cochon pour l'engraisser.

Mais, par mesure d'économie, il lui donnait très peu à manger.

Au bout de quelque temps il fallut tuer ce pauvre cochon qui dépérissait et Cabro se consolait en disant:

- Y su bin conta, y s'est onc' bin maintenu !

(Je suis bien content, il s'est encore bien maintenu ! ).

Voilà pourquoi On disait de quelqu'un dont l'état de santé restait stationnaire: " Il est comme le cochon à Cabro, il se maintient bien ! "




Le père Jules était parti de bon matin pour la foire de Nozeroy. On savait qu'il ne rentrerait qu'à la nuit, après avoir fait la tournée des cafés.

Quelques jeunes gens s'introduisent chez lui, retournent sa chandelle dans son bougeoir et mettent un clou à la place de la mèche.

A son retour Jules "brique" une allumette et la présente contre le clou qui a remplacé la mèche. Il renouvelle cette tentative de nombreuses fois à la grande joie des farceurs qui l'observent et qui finissent par lui crier:

- Dèvir de bouo ! (change de bout!).

- Jour de Dieu ! dèveur'ré pê ! répond Jules. ( je ne changerai pas).

- Il tenta d'allumer le clou tant qu'il eut des allumettes et finit par s'endormir sur sa chaise devant la table.






Le 31 décembre, peu avant minuit, des jeunes gens frappent à la fenêtre:

- Pér Jules ! Saint Sylvestre s'en vo m'ran !

(Père Jules ! St Sylvestre est en train de mourir !)

- Pensant qu'on lui souhaite "la bonne année" Jules répond:

- Y vo zan souhait'ou bin d'mém'ou mè enfants, mais vo r'vindri d'man !

(Je vous en souhaite bien de même, mes enfants, mais vous reviendrez demain !).






B... avait un canari, très joli, mais qui ne chantait jamais. Quelqu'un lui en fit la remarque :

- Y n'de ra ton canari ! ( il ne dit rien ton canari ! )

- Non ! y n'de ra, mais y n'sn'en pense pè moins !

((Non ! il ne dit rien, mais il n'en pense pas moins!).

C'est pourquoi on disait d'une personne qui ne livrait pas facilement sa pensée:

- è lè qu'ma l'canari à B..., ny n'nde ra, mais y n's'en pense pè moins !

(Il est comme le canari à B..., il ne dit rien, mais il n'en pense pas moins !).






A la ferme de Bonnet, le père J.B... gardait son troupeau de chèvres.

En passant, quelqu'un lui dit:

- ça n'dûss pê étr' tant ézi d'ouâdé toutè s'lè tsîvr'è !

- (ça ne doit pas être très facile de garder toutes ces chèvres ! ).

- Ah ! padé non ! c'est pê ézi, mais fô aouè l'kô !

(Ah! pardi non! c'est pas facile, mais il faut avoir le coup!).

- L'expression est restée pour dire, par ironie, qu'un travail nécessite une certaine habileté:

- c'est k'ma pou ouâdé lè tsîvr' en Bounet, fô aouè l'kô !

(c'est comme pour garder les chèvres à Bonnet, il faut avoir le coup !).






Derrière la grille du confessionnal, Monsieur le Curé fait des remontrances à son pénitent, mais elles ne sont pas du goût de ce dernier qui finit par lui dire:

- S'te n'te couèsè pê, y t'crèv'ou lè zû'you pa ç'lu p'tè patu !

- ( Si tu ne te tais pas, je te crève les yeux par ce petit trou ! ).






Monsieur le Curé interroge un candidat à l'examen de la première communion:

- Combien y a-t-il de Dieux ? - L'enfant se gratte la tête et répond à tout hasard:

- Trois !

Monsieur le Curé se fâche:

- Comment! vous ne savez même pas combien il y a de Dieux? -n Un camarade obligeant souffle:

- Un !

Le malheureux candidat se retourne alors vers le souffleur:

- Mais vouoilli ouèr ta aoué ton yon . yé d'zo de tra, et pu y paraî t qu'sè onc pê pru!

(Mais vas-y voir toi, avec ton "un" ! j'ai déjà dit "trois" et puis il paraît que c'est pas encore assez ! ).






Au catéchisme, on parle des créatures: les animaux, les hommes, mais Monsieur le Curé qui veut parler des anges demande:

- n'y a-t-il pas des créatures plus parfaites que les hommes ? Une petite fille lève timidement la main et répond:

- Les femmes !






Le chauffage de l'église pendant l'hiver, était autrefois plus symbolique qu'efficace et il fallait se vêtir bien chaudement pour assister aux offices.

Le jeune J.G...., 8 ans, avait accompagné son père dans le "banc des chantres". A l'issue de la cérémonie, et à la grande confusion de son père, il fit cette réflexion:

- Ben ! dites-donc, Monsieur le Curé, vous nous gelez avec VOTRE messe !






Il y avait dans le canton de Nozeroy un brave curé qui avait une grande passion:

il adorait jouer au tarot.

Chaque fois qu'il en avait l'occasion, il tâchait de trouver trois partenaires pour faire une bonne partie; pour "en faire une" comme il disait.

Mais ce n'est pas pécher que d'aimer jouer au tarot, surtout quand on est Franc-Comtois.

Aussi, quand il mourut, il s'en alla tout droit au paradis et se trouva en présence de la Sainte Trinité: le Père, le Fils et le St-Esprit.

Levant les yeux vers eux il leur dit:

- Puisque vous êtes trois, si on "en faisait une" ?




Chacun sait qu'on appelle les gens de Cuvier "les ventres sans fond".

Il paraît qu'à l'occasion d'un grand repas, ils réglaient leur siège de manière qu'entre leur ventre et la table il reste l'espace de deux poings. Puis ils mangeaient, mangeaient, mangeaient jusqu'à ce que le ventre touche la table.

Lors d'une visite dans le canton à l'occasion de la confirmation, l'évêque partageait avec les curés, un repas après la cérémonie.

Monseigneur remarqua le curé de Cuvier qui se trouvait à quelque distance de lui:

- Vous semblez avoir bon appétit, Monsieur le Curé .

- On est de Cuvier, Monseigneur ! répondit l'interpellé.

Tout le monde se mit à rire sauf l'évêque qui dut se pencher vers son voisin afin de connaître la cause de l'hilarité générale.






"Dans le temps" lorsque des ouvriers du bâtiment effectuaient des travaux, on les nourrissait. Le prix de la journée était fixé en conséquence.

Mais certaines maîtresses de maison étaient très "rapiat" comme le rapportait un charpentier chargé d'une réparation dans une ferme.

Pour le repas de midi la cuisinière avait fait une omelette avec QUATRE oeufs.

Plaçant sur la table, devant le charpentier et ses deux compagnons, la grosse miche de pain et l'omelette, elle leur dit de sa voix la plus engageante:

- Okut'è, prat'è, m'dzi ! et pu souailli pou Pôlythe qu'est ' ubô !

(Allez-y, prenez, mangez ! et puis gardez-en pour Hippolyte - son mari - qui est au bois !).






Dans certaines maisons de culture, on faisait plus volontiers des améliorations et des réparations dans les écuries que dans les appartements.

Après avoir remis à neuf une étable, le charpentier suggère au maître de la maison:

- Vo dûssi bin mouèt'nan arind'zi on pô l'ètô et le pé1' !

(Vous devriez bien maintenant arranger un peu la cuisine et le "poêle")- le poêle était la pièce dans laquelle on se réunissait, surtout l'hiver, autour du poêle, c'était la salle commune de la maison - - Pouqua fér ? pourvu qu'lè bét'è sêya bin, no, ça vo toud'z !

(Pour quoi faire ? pourvu que les bêtes soient bien, nous, ça va toujours !).






Le père V.C.... avait plusieurs filles à marier.

Un voisin obligeant lui dit un jour:

- To pouât'o d'entreuill' est bin malêt'o. Te dûssi bin 10 t'sind'zi pou en mettr' èno bél'o, ça engad'z'ro lè prétendants à v'ni en blond'o vâ tè feuy'è !

( Ta porte d'entrée est bien malade. Tu devrais bien la changer pour en mettre une belle, ça engagera les prétendants à venir "en blonde" vers tes filles !) - venir en blonde, c'est fréquenter une fille en vue du mariage - Mais le père V.C... un peu vexé répond fièrement .

- T'apprendr'ai qu'bon vin n'o pê fât'o d'enseigne !

(Tu apprendras que bon vin n'a pas besoin d'enseigne').






Anthelme était un bon garçon, mais simple d'esprit .

Il allait acheter du sel chez la mère "Génie", l'épicière.

Quelqu'un lui demande:

- où est-ce que t'vé dinss ? ( où vas-tu ainsi ?)

- Y m'en vai kri d'lo sô t'si lo Génie ! (Je vais chercher du sel chez "la Génie" ! )

- Té bin touâ , so sô est plîn'no d'vâ !(Tu as bien tort, son sel est plein de vers ! )

- Y te r'mâch'ou bin. y n' ian n'at'sit'rai pê ! (Je te remercie bien, je ne lui en achèterai pas !)

De retour chez lui, son frère l'interroge :

- T'n'ai pê pra d'lo sô ? (Tu n'as pas pris de sel?)

- On m'o de què l'ér' plîn' no d'vâ !

(On m'a dit qu'il était plein de vers !)

Le frère lève les bras au ciel:

- Ah mon pôr'ou fioe ! t'n'ôfens'è pê l'Bon Dioe !

(Ah! mon pauvre garçon tu n'offenses pas le Bon Dieu !) (tu es un innocent).

-Eh! bin mon Dioe ka! il 1'ôfens'ou mi qu'ta (Eh! bien mon Dieu quoi. je l'offense mieux que toi )






Anthelme était très heureux d'annoncer à son voisin une bonne nouvelle - On n'o on biau pt'è tso gris ! d'vinn' ouèr k'ma è lè ? (On a un beau petit chat gris devine voir comme il est?) Le voisin hausse les épaules:

- Bin è lè gris, padé ! (Bien, il est gris, pardi !).

Mais Anthelme s'étonne:

- Tioe ç'que t'lo de ? (Qui est-ce qui te l'a dit ?).






Le père Urbain était dur d'oreille.

Malgré le temps très frisquet, il s'en allait avec son boeuf et sa voiture "embennée" épandre du fumier dans son champ au lieudit "LES CORNES" . - en patois: lè couân'è - Un passant l'interpelle:

- y fê fra ! Urbain ! (Il fait froid ! Urbain !).

Mais notre homme qui pense à son travail répond:

- Oué ! è couân'è . (Oui! aux cornes!).






Ce jour là, il faisait beau et Urbain prenait son repas avec sa famille, dans la cuisine, avec la fenêtre ouverte.

Un ami qui passait lui demande:

- Y paraît qu'vo allez mouérié vôt'o feuye ? ( I1 paraît que vous allez marier votre fille ? )

Mais Urbain tout occupé à manger sa soupe répond:

Oué ! du temps qu'elle est t'sâd'o ! (Oui! pendant qu'elle est chaude ! ) .






Il y avait "dans le temps" à Mignovillard un aveugle qui vivait de la charité publique. Sa femme "La Rosine" le conduisait de maison en maison et chacun donnait pour faire vivre ce ménage qui avait la sympathie de tous.

Mais "la Rosine" avait de vilains défauts: elle était gourmande et égoïste.

Profitant de l'infirmité de son mari, elle s'attribuait les meilleurs morceaux.

Un jour, quelqu'un avait donné une saucisse. "La Rosine" qui en était friande l'avait fait cuire en cachette et pensait la garder pour elle seule.

Mais l'aveugle avait de l'odorat:

Rosine ! ça cha l'andouille (Rosine! ça sent la saucisse !).

La Rosine avait plus d'un tour dans son sac:

- C'est krabin nôt'è voisins qu'en coui'ya ? (C'est probablement nos voisins qui en cuisent ?).






A la fin du siècle dernier, il existait au Moulin du Pont, près de Molpré, une scierie fonctionnant à l'aide d'une roue à aubes actionnée par l'eau d'un ruisseau.

Cette scierie appartenait à E.F.... homme bon et désintéressé comme on en trouvait à cette époque.

Une nuit, il est réveillé par du bruit provenant de son chantier.

Il se lève, et à la clarté de la lune, il aperçoit un homme qui est venu lui voler du bois qu'il emporte sur son épaule:

Où est ce que t'vé aoué mè plintz'sè ? (Où vas-tu avec mes planches ?) L'interpellé répond:

Y en ai fât'o ! (j'en ai besoin !).

Eh bin c'est bon ç't'en ai fât'o, empouât'les !

(Eh bien c'est bon! si tu en as besoin, emporte-les!).

Et E.F.... retourna tranquillement se coucher.






La propreté corporelle n'était pas la vertu dominante à la campagne autrefois. On ne se lavait les pieds que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Et pourtant, bien souvent les gens étaient pieds nus dans leurs sabots.

E.F... rencontre un habitant de Molpré et s'étonne:

- Qu'est-ce que t'ai fê ? t é on pi prôpr' ou èt pu l'âtr'ou tout pouâ !

(Qu'est-ce que tu as fait ? tu as un pied propre et l'autre tout sale ! ).

- Bin ! yé mettu on pi da l'v'rin, yé bin èté ôbled'zi de l'n'tailli !

(Bien! j'ai mis un pied dans le purin, j'ai bien été obligé de le nettoyer!).

- è n'âtr'ou cô , te dûssi bin t'arind'zi pou lè mettr'ou tous lè douo da l'v'rin !

(Une autre fois, tu devrais bien t'arranger pour les mettre tous les deux dans le purin).






On demandait à une femme qui était déjà plusieurs fois grand mère:

- Combin est ce qu'elle o de p'tè vôt'o feuye ? (Combien a-t-elle d'enfants votre fille ?) - Tra ! pu yon qu'nè pê baptisé !

(Trois ! puis un qui n'est pas baptisé !).






J.M... était un colosse de près de 2 m, et doté d'une force peu commune.

Quand il allait chercher de l'herbe au "clos", son boeuf l'accompagnait, mais à l'aller comme au retour, c'était J.M... qui traînait la voiture. Pendant que son maître fauchait et chargeait l'herbe, l'animal broutait tranquillement.

Un jour, cependant, le terrain était mouillé, les roues de la voiture s'embourbaient et J.M... avait beaucoup de difficultés pour la sortir du "clos".

Son voisin, le père J.D... un petit homme d'un mètre soixante, se précipite pour lui porter secours:

- Atta on pô ! y m'en oué t'édi !

(Attends un peu! je vais t'aider !).

J.M.... toise avec dédain le petit vieux et lui dit:

- Ta ? t'veux m'édi ? monte dans le t'sâ (Toi ? tu veux m'aider ? monte dans la voiture !).






Armandine n'avait pas voulu rester dans la culture pour "taquer la boise". Elle était allée travailler en ville.

Au bout de plusieurs années elle vint passer quelques jours de congés dans sa famille.

Mais elle avait, semble t-il, tout oublié de ce milieu qu'elle regardait maintenant avec un certain dédain.

À l'écurie qu'elle avait quand même honoré de sa visite, elle désigne le "rablet" (sorte de râteau plein à long manche pour tirer le fumier) et elle demande:

- Comment appelle t-on cet instrument ? Par inadvertance, elle marche sur le "rablet" et le manche vient la frapper à la tête ce qui lui rend immédiatement la mémoire:

- Oh sacré cout'chon d'rablet (Oh! sacré cochon de rablet).






La mère Justine et sa fille sont assises devant la maison en train de "faire leur bas" (tricoter des chaussettes).

Deux hommes étrangers au village s'arrêtent et demandent où habite le maire.

La mère Justine se tourne vers sa fille:

- Allez ! sû ton gros cul, pu t'yoe montrerai !

(Allez! lève ton gros derrière, et puis tu leur montreras !).






Après un repas de noces, à la campagne, chacun était tenu de pousser sa romance.

Un des invités interprète une chanson romantique, en vogue à l'époque, dont le refrain redit sans cesse: "Il pleut des baisers, c'est un déluge de tendresses".

On entend alors "La Louise", une vieille fille qui ne s'est jamais consolée d'être restée célibataire, murmurer doucement:

- Ah! mon Dioe, mon Dioe ! s'iér'ou a moins so l'det'let !

(Ah! mon Dieu, mon Dieu! si j'étais au moins sous le "dételet" ) - tuyau de descente de l'eau du toit - .